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POUR UNE MEILLEURE GOUVERNANCE ALIMENTAIRE MONDIALE, N'A T-ON PAS PRIVILÉGIÉ D'AUTRES MODÈLES DE PRODUCTION AU DÉTRIMENT DES MODÈLES DE PRODUCTION LOCAUX?

Posté par: Cheikh NDAO| Mercredi 12 décembre, 2012 11:14  | Consulté 957 fois  |  0 Réactions  |   

Quel rôle peut et doit jouer les politiques publiques dans la promotion de systèmes de production durables et/ou de méthodes de production durables ; qui ne vont pas détériorer les fonctions bénéfiques des écosystèmes, qui ne vont pas dépendre de monocultures et d’élevage en batteries énergivores, de pratiques de pêche destructrices ? En effet de tels systèmes de production détruisent l’environnement et contribuent au réchauffement climatique.

Comment (avec quels éléments de politique) dans la mise en œuvre de telles politiques va-t-on obtenir un accès à une alimentation durable  en privilégiant des systèmes de production diversifiés? Tout en sachant que ces systèmes sont liés au secteur agricole dans les zones rurales et qui ont le potentiel d’offrir des emplois décents aux millions de jeunes hommes et femmes pour revitaliser les économies agraires en Afrique de l’Ouest.

Quelle coopération (dans le domaine de l’éducation, la formation, la communication, la vulgarisation, la décentralisation, la participation, la bonne gouvernance qui constituent autant de domaines d’intervention de la part du secteur public) pourrait contribuer au développement de conditions favorables pour la promotion des modèles de production alimentaire durables allant dans le sens de la souveraineté alimentaire ?

Le plus grand défi qui se pose actuellement et étant lié à toutes ces problématiques est de savoir que l’alimentation endogène est une réponse appropriée à la crise alimentaire mondiale actuelle.

N’a-t-on pas privilégié d’autres modèles de production au détriment des modèles locaux ?

L’Afrique de l’Ouest a été touchée de plein fouet par la crise alimentaire née de la flambée des prix des produits de base et de grande consommation en fin 2007 et début 2008. Elle continue encore maintenant en 2012 et plus sévèrement encore. Le choc a été d’autant plus rapide et difficile que cette région qui rassemble près du tiers des pays les plus pauvres du monde, a connu au cours des vingt dernières années des politiques publiques mises en œuvre dans le cadre de l’ajustement structurel dans les pays et dont certains ont essayé un moment donné de privilégier d’autres modèles de production au détriment des modèles locaux.

La flambée des prix des produits alimentaires n’a pas fondamentalement modifié le fonctionnement du marché régional des produits agro-alimentaires.

Les prix des produits vivriers, notamment des céréales sèches demeurent très volatiles et expriment les difficultés de la lisibilité  de l’offre des principales spéculations. En effet en dépit des annonces régulières d’excédents agricoles, les fluctuations inter saisonnières et annuelles des prix des denrées alimentaires constituent une préoccupation qui ne garantit pas une sécurité alimentaire aux consommateurs et des revenus décents aux producteurs. 

Il y a une grande faille dans les stratégies alimentaires.

La gestion de la crise alimentaire née de la flambée des prix des produits de base, n’a pas été aisée, et elle a mis en relief l’ambivalence des politiques publiques.

De façon globale, la région a été amenée à gérer deux préoccupations divergentes difficiles à concilier dans le court terme :

(i)                   exploiter un contexte de prix élevés qui constitue une opportunité historique permettant de doper la production, de rémunérer le travail des producteurs vivriers et de financer la transformation des agricultures ouest africaines ; tout en

(ii)                 assurant l’accès à l’alimentation des populations vulnérables, pauvres, urbaines comme rurales. Les inégalités et la pauvreté concernent d’abord les campagnes.  Près de 70% des pauvres vivent aujourd’hui en milieu rural.

L’agriculture a aussi un rôle éminent en matière de gestion des ressources naturelles.

Avec les phénomènes de réchauffement climatique, les modèles à production ont toute leur importance. En effet, en plus de la production de biens agricoles, de la génération de devises, de la préservation de l’emploi en milieu rural, l’agriculture a aussi un rôle éminent en matière de gestion des ressources naturelles.

La politique agricole de l’Afrique de l’Ouest pourra t’elle  promouvoir les modèles de production durables que véhiculent ces exploitations familiales ?

La politique agricole de l’Afrique de l’Ouest l’ECOWAP pourra t’elle  promouvoir les modèles de production durables que véhiculent ces exploitations familiales pour en faire des structures de production modernes et très performantes?  Quel sera le devenir de ces exploitations et de ces populations qui en vivent avec la mise en œuvre de cette politique agricole régionale?

Il existe donc un défi majeur en termes de politiques publiques en général (production, formation professionnelle, transformation, financement, commercialisation…) et agricole en particulier et de dispositifs d’appui rénovés, mieux à même de promouvoir de tels modèles de production. La réalité du nouvel environnement international défavorable et ses conséquences sur les secteurs agricoles de la sous-région sont là.  Dans cette perspective, les agricultures familiales ne sont-elles pas les mieux dotées pour s’adapter à la mondialisation grâce à leur flexibilité et leur capacité d’adaptation malgré un environnement économique peu reluisant. Tous ces progrès dans les agricultures familiales  ont été obtenus avec différents systèmes de production qui ont connu des changements profonds, précisément sur la question de l’insertion dans le marché. Il est aussi nécessaire d’avoir des mesures complémentaires pour promouvoir ces systèmes de production ; lesquelles mesures qui hélas ont toujours été ignorées. 

La production alimentaire est essentiellement domestique et féminine.

Cependant, au plan alimentaire, encore plus de 80% des besoins de la région sont satisfaits par la production domestique fournie pour l’essentiel par ces petites exploitations familiales agricoles qui constituent le socle du développement agricole régional. Ce sont essentiellement les femmes qui produisent cette alimentation. Leur participation dans les prises de décision au départ, dans les exploitations familiales elles-mêmes, est fondamentale.

Cette forte présence des exploitations agricoles familiales a permis à l’agriculture de la région de jouer efficacement deux autres fonctions non moins essentielles, celles relatives à l’aménagement du territoire et à la gestion des ressources naturelles. En effet la forte poussée démographique que connaît la région entraine une pression considérable sur les ressources naturelles, et une migration des populations que la prévalence des exploitations familiales permet d’atténuer les effets néfastes. Ces exploitations familiales ont développé aussi beaucoup de résistances et d’innovations. Les mesures adoptées par les Etats  sont principalement de deux ordres

En dehors de la politique agricole sous régionale, les mesures adoptées par les Etats  sont principalement de deux ordres:

·         Les mesures destinées à réduire le coût de l’alimentation qui intègrent trois composantes essentielles :

o    L’atténuation des effets de la flambée des prix : ;

o    L’approvisionnement du marché :

o    L’accès à l’alimentation des populations les plus vulnérables :

·         Les mesures destinées à relancer la production agricole. Si ces mesures consacrent le regain d’intérêt de l’Etat et des partenaires techniques et financiers pour l’agriculture, il y a lieu de s’interroger sur leur durabilité.

Si ces mesures consacrent le regain d’intérêt de l’Etat et des partenaires techniques et financiers pour l’agriculture, il y a lieu de s’interroger sur leur durabilité. Les coûts budgétaires des mesures incitatives (subvention des engrais et des semences), sont-elles supportables à long terme pour les finances publiques ? …mais aussi que leur généralisation pour toucher le maximum de petits producteurs parait difficilement envisageable dans le contexte actuel? Les tenants de la régulation fondent leurs arguments sur plusieurs éléments : (i) le caractère très risqué des activités agricoles, (2) l’instabilité des marchés des produits agricoles, marquée par la volatilité des prix, (3) le caractère vital de l’alimentation, dont la demande est souvent rigide et (4) les défaillances des marchés internationaux qui se traduisent par une forte concurrence des produits importés. 

La crise alimentaire que connait actuellement la région  a donc amené les décideurs publics à accepter, une dose de régulation des marchés pour atténuer les effets de la flambée et surtout calmer la tension sociale et les manifestations de rue. Ceci parait plus facile à réaliser avec les Exploitations agricoles familiales en promouvant  des instructions de régulation du marché qui soient sous-tendus par deux préoccupations majeurestraiter un risque modéré de fluctuation des prix et concilier harmonieusement le souci d’assurer des revenus décents aux producteurs et l’accès à l’alimentation à prix modéré pour les consommateurs.

Cheikh NDAO Shakescheikh@yahoo.fr

Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires

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